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Bagdad Renaissance: Art Contemporain En Irak = Contemporary Art in Irak

 
29.06.2003 Falah Al Anee

      Falah vient d'une famille de paysans originaire d'un village situé à 80 kilomètres de Bagdad, mais l'un de ses oncles, peintre connu, l'a initié à l'univers des arts quand il était encore un tout petit enfant: en fait, il peint depuis l'âge de quatre ans. Plus qu'un passe-temps, c'est pour lui un mode d'expression essentiel, il a même le sentiment de ne jamais en avoir eu d'autre. Tout comme il n'a jamais eu l'intention de vivre d'autre chose même s'il avoue avoir un peu «fait le voyou » pour gagner sa vie...
      Il est très influencé par les magazines pour enfants, où les artistes en Irak ont publié réguliè­rement: il cite notamment le magazine Màgilati, (« Mon magazine ») dont l'un des fondateurs est le peintre irakien Salah Al Massoudi, en exil aujourd'hui à Paris. Interrogé sur ses références, il cite l'Action Painting (De Koonmg et Pollock) et le mouvement Cobra, mais aussi le cubisme, tendance qui lui apparaît davantage comme une attitude conceptuelle ou philosophique qu'une finalité plastique à proprement parler.
      Des tableaux qu'il nous montre se dégage une ambivalence à la fois chromatique et figurative. D'une part les toiles sont à la fois saturées de tons presque doux (jaune d'or, turquoise, rose) mais l'absence totale de rouge et l'étalement d'un gris envahissant jettent, à la lettre, un froid. D'autre part les sujets familiers sont traités ici de façon mi-fantastique, mi-naïve (lointain écho de Cobra, ou souvenir des totems du céramiste irakien Sa'ad Shakir'?) mais sur

 un mode passablement sinistre : poupée torturée, échevelée, démembrée : chat à la face patibulaire en diable, avec son ne: monstrueusement épaté et ses yeux comme des hublots grillagés (ou des soupiraux de prison 1 ) ; épouvantai! relevant plus du robot déshumanisé que du pacifique homme de paille; paysan hiératique dans la posture hostile d'un garde armé, la main refermée comme une griffe sur le manche d'une fourche agressivement pointée vers le ciel.
      Toutes ces créatures font face au spectateur, comme dans une muette affirmation que le barrage du langage laissera malheureusement en suspens. Les expressions sont fermées, les physionomies impassibles, les cous grêles, les postures verticales et statiques. Cette ambiance de violence froide peuplée de fantoches sur la défensive constitue néanmoins un univers imaginaire d'une grande cohérence et d'une forte identité plastique.
      Falah attend beaucoup de la chute de Saddam : il faudrait que les choses bougent ! Par-dessus tout, il veut voyager à sa guise, À la question de savoir s'il quitterait l'Irak sans pouvoir revenir, il commence par dire non puis, se ravisant, il lance à la cantonade : « En fait, si, bien sûr que je partirais ! » - il faut dire qu'il est, lui, célibataire et sans enfants...

      Falah comes from a peasant family from a village situated 80 km from Baghdad, but it's one of his uncles, a famous painter, who initiated him to the arts when he was very young: in fact he's been painting ever since he was four years old. For him painting is much more than a leisure, it is an essential means of expression, he even feels he never had any other. He has never wanted to do anything else although he admits he's sometimes been a 'naughty boy' in order to get by...
      He is quite influenced by youth magazines, in which iraqi artists have been regularly published: he mentions Magilati, ('My magazine') one of whose founders was the iraqi painter Salah Al Massoudi, now living in exile in Paris. When questionned about his references, he mentions Action Painting (De Kooning and Pollock) and the Cobra movement, but also cubism, which he sees more in terms of a conceptual or philosophical attitude than as a plastic finality as such.
      There emanates from the paintings he shows us a double ambivalence, both figurative and chromatic. On the one hand the paintings are saturated with warm, soft tones (golden yellow, turquoise, pinks) but the total absence of red and the use of a pervasive grey literarally act as a cold shower. On the other hand the familiar scenes are treated in both a fantastic and naïve mode (distant echoes of Cobra, or reminiscences of ceramist Sa'ad Shakir's totems?) yet

 with a decidedly sinister twist: tortured, dishevelled, dismembered doll; evil-looking cat with his monstruous nose and eyes that look like prison-cell portholes; scarecrow that is closer to a dehumanised robot than to the pacific hay-man; hostile hieratic peasant like an armed guard, his hand clutching his rake like a claw as he points it agressively toward the sky. All these creatures stand facing the spectator, as if in a silent affirmation which the language barrier will unfortunately leave unsolved.
      Expressions are closed, physionomies are impassive, necks are stringy and the postures vertical and static. Yet this atmosphere of cold violence peopled with defensive puppets constitutes an imaginary world of great coherence dotted with a strong plastic identity.
      Falah is expecting a lot from Saddam's demise: things must change! Before all, he would like to travel freely. When asked if he would leave Iraq knowing he couldn't return, he begins by saying no, then exclaims: 'In fact, yes, of course I would leave!' - yet it must be said that among the workshop painters, he is one of the few single and childless ones...

 

 

 Poupée brûlée. 2003. Huile sur toile. 
Burned Doll. 2003. Oil on canvas. 66 X 78 cm

Le chat. 2001. Huile sur tuile 
The Cat. 2001. Oil on canvas. 60 X 60 cm

 L'épouvantail. 2001. Huile sur toile. 
The Scarecrow. 2001. Oil on canvas. 66 X 78 cm